Contributions au débat public (3)
Aux Etats Unis, où je suis née, un système autoroutier – appelé « INTERSTATE » -- traverse les 50 états. Or dans les années 80, sous le Président Reagan, certaines personnalités du Département de Défense voulaient faire transporter en permanence sur ces autoroutes, sur des camions, les MX, c-a-d les missiles stratégiques nucléaires de première frappe, chacun doté d’une puissance de 300 000 tonnes et chacun capable de détruire des dizaines de villes soviétiques.
Cela n’a pas été fait, heureusement, et pour beaucoup de raisons. Mais quand j’ai quitté les US pour venir vivre en France en 1986, des camions transportant des déchets radioactifs roulaient en permanence sur les INTERSTATE américains, et cela parce que les centrales nucléaires en étaient pleines à craquer et aucun Etat n’acceptait alors que le site national de stockage de déchets nucléaires de haute activité se construise chez lui.
Ici en France, quant aux éventuels projets stratégiques pour une autoroute Nord-Sud d’Ambérieu à Marseille et au delà en passant par Gap or Lus, -- et c’est de cela dont on parle -- je ne suis pas compétente. D’autres vont en parler, je l’espère, parce que le sujet du transport de matériaux dangereux mérite notre attention, d’autant plus pour une autoroute en montagne, avec verglas et neige, qu’une autoroute en pleine, c’est évident.
Vous le savez peut-être, il y a beaucoup plus de Français qui vivent aux Etats-Unis que d’Américains qui vivent en France. Je pense que ce qui attire là-bas, c’est un libéralisme économique et sociale, et son corollaire, un manque de solidarité, ce qui se traduit entre autre par peu de charges mais aussi peu de retraite ou d’assurance médicale ; tout cela se voit dans l’écart énorme entre riches et pauvres. Construire des autoroutes – y compris des 2 fois 2 voies, même chose -- dans les Alpes pour faire passer des camions (plutôt que de privilégier le rail, comme le font la Suisse et l’Autriche) eh bien, pour moi c’est comme aux EU, où on construit d’énormes gratte-ciels mais où on laisse en état de délabrement les routes, les ponts, les infrastructures, où on consomme le quart du pétrole mondiale, où on roule en bagnole même sur les plages.
Quand je m’apprêtais à acheter, il y a 9 ans, une maison dans le Trièves, je savais qu’une autoroute passerait éventuellement à 300 mètres de ma maison. J’ai acheté la maison quand même – et non pas parce que l’agent immobilier me disait qu’une autoroute dans les parages ne ferait qu’augmenter la valeur de la maison -- mais parce que je voulais vivre là où la nature et sa faune n’étaient pas spoliées et parce que je n’imaginais pas que les Français, que j’admirais pour leur savoir-vivre, pourraient permettre une telle incurie écologique. Peu importe si le tracé de cette infrastructure lourde et polluante passait par Gap ou par Lus. L’un et l’autre tracé, pour moi, c’est pareil, les paysages sont trop fragiles pour résister aux nuisances inévitables.
Ayant maintenant la nationalité française, je me permets de vous demander : Pourquoi dépenser 2 peut-être 3 milliards d’euros – c’est une somme énorme -- quand pour 650 millions nous pouvons nous payer un bon aménagement des 2 routes nationales et améliorer le transport ferroviaire, qui permettrait des déplacements rapides, sûrs et écologiques sur tout le territoire ? On cherche quoi d’autre ? A quoi bon rouler à 130 pour arriver dans des embouteillages à Grenoble, à Aix, à Marseille, dans le Midi. Je récuse l’idée trop répandue que ce sera une autoroute ou rien du tout, et que si c’est l’autoroute c’est l’Etat qui paie. Ce débat public nous a, au moins, permis de voir tout cela plus clair.
août 2005
S.K. LEVIN
-------------
La solution autoroutière « privilégiée » par les services de l’Etat entre en totale contradiction avec les efforts déployés par les territoires traversés pour réfléchir à un développement maîtrisé.
A titre d'exemple, la démarche Agenda 21 en cours dans le Trièves met à contribution l’intelligence collective des habitants pour imaginer des actions originales et innovantes permettant d’accentuer le dynamisme du territoire tout en respectant ce qui en fait la force : ses paysages et sa cohésion sociale.
Il est extrêmement déroutant de voir l’Etat prôner officiellement l’idée du développement durable et promouvoir dans le même temps la solution simpliste du « tout autoroute ».
Matthieu Warin
--------------
Collectif local pour l'arrêt des travaux de l'autoroute A51 (composé de membres de Vivre en Trièves et d'autres associations)
Dans le Trièves, les habitants et les visiteurs de passage apprécient de manière unanime les paysages de moyenne montagne remarquables de cet ancien pays. D’ailleurs la qualité paysagère de cet ensemble biogéographique est officiellement reconnue puisque qu’une partie du territoire fait l’objet d’un contrat paysage et que l’autre partie est inclue dans le Parc Naturel Régional du Vercors.
Le Trièves est actuellement exempt de toute source de pollution importante. La plus forte est occasionnée par la nationale 75 lors des week-ends estivaux avec le chassé-croisé des départs et des retours de vacances.
Une infrastructure autoroutière à travers le pays supprimerait l’aspect préservé, elle provoquerait une dégradation irrémédiable du paysage, sa « banalisation ». Les communes traversées par l’infrastructure perdraient une partie de leur attrait actuel pour la qualité de la vie sur place et l'accueil touristique. Le paysage ne serait indemne que « vu de l’autoroute » ce qui constituerait un argument supplémentaire pour en accroître la fréquentation. Il est possible de mesurer aujourd’hui, sur la portion Coynelle/Monestier-de-Clermont, l’importance des aménagements, l’emprise de l’infrastructure et l’atteinte au paysage, d’autant que sur la commune de Monestier-de-Clermont le projet final aura une emprise plus importante (de 1x1 voie aujourd’hui à 2x2 voies).
En plus des atteintes aux paysages les infrastructures autoroutières amènent aussi la dégradation de l’ambiance sonore et l’émission de polluants.
Ces nuisances seraient très dommageables pour les habitants riverains de l’infrastructure autoroutière pratiquement toute l'année, compte tenu du rôle de délestage de l'A7 qui est convenu pour ce projet.
Les infrastructures autoroutières et les deux fois deux voies ont deux principaux effets directs sur l’environnement : la destruction des espaces et leur fragmentation.
Ces impacts, dans le Trièves et les territoires voisins, dans des espaces reconnus pour leur valeur patrimoniale, classés ZNIEFF I ou II et « Natura2000 », est contraire à la politique communautaire pour enrayer la perte de biodiversité. En effet dans ce type d’espace et en périphérie, c’est plutôt la cohérence qui est à rechercher par la conservation de l’intégrité des périmètres et des territoires vitaux pour les espèces.
Compte tenu de ces aspects et d’une manière plus globale, l’épuisement des ressources pétrolières mondiales et l’augmentation des catastrophes naturelles avec la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous invoquons le principe de précaution pour demander l’arrêt des travaux autoroutiers A51 au Col du Fau, l’amélioration des réseaux routiers locaux et des routes nationales, ainsi que le développement du trafic ferroviaire pour les passagers sur la ligne de montagne GRENOBLE-VEYNES et pour les camions sur la ligne de fond de vallée MARSEILLE-BRIANCON-TURIN.
L’argumentation de la DRE durant le débat public ne prend pas en compte les problèmes globaux, d’autre part, si elle reconnaît la sensibilité des milieux à traverser, elle ne considère les enjeux environnementaux que comme des « contraintes » supplémentaires au moment de la mise en œuvre des travaux. Cela apparaît très éloignée d’une démarche appropriée compte tenu du très fort impact d’un tel ouvrage sur l’espace en périphérie. D’autre part, pour prendre une décision, il semblerait indiqué d’attendre les résultats des études d’incidence sur les sites Natura 2000 concernés de manière à déterminer la faisabilité des infrastructures et, éventuellement, le projet qui serait le moins pénalisant pour ces portions de territoires qui sont les plus sensibles.
La suspension de la poursuite des travaux autoroutiers A51 – autoroutes de montagne par Gap et Lus (ou 2x2 voies concédées dans ce dernier cas) serait une décision réaliste compte tenu de l’actualité environnementale internationale et des efforts collectifs en faveur de la durabilité, cela contribuerait aussi à la préservation de territoires à forts enjeux environnementaux.
C. Villiot, V. Béreyziat, C. Nanchen, B. Baron - représentant local de l’association Paysages de France, C. Belisson, P. Prim
Cela n’a pas été fait, heureusement, et pour beaucoup de raisons. Mais quand j’ai quitté les US pour venir vivre en France en 1986, des camions transportant des déchets radioactifs roulaient en permanence sur les INTERSTATE américains, et cela parce que les centrales nucléaires en étaient pleines à craquer et aucun Etat n’acceptait alors que le site national de stockage de déchets nucléaires de haute activité se construise chez lui.
Ici en France, quant aux éventuels projets stratégiques pour une autoroute Nord-Sud d’Ambérieu à Marseille et au delà en passant par Gap or Lus, -- et c’est de cela dont on parle -- je ne suis pas compétente. D’autres vont en parler, je l’espère, parce que le sujet du transport de matériaux dangereux mérite notre attention, d’autant plus pour une autoroute en montagne, avec verglas et neige, qu’une autoroute en pleine, c’est évident.
Vous le savez peut-être, il y a beaucoup plus de Français qui vivent aux Etats-Unis que d’Américains qui vivent en France. Je pense que ce qui attire là-bas, c’est un libéralisme économique et sociale, et son corollaire, un manque de solidarité, ce qui se traduit entre autre par peu de charges mais aussi peu de retraite ou d’assurance médicale ; tout cela se voit dans l’écart énorme entre riches et pauvres. Construire des autoroutes – y compris des 2 fois 2 voies, même chose -- dans les Alpes pour faire passer des camions (plutôt que de privilégier le rail, comme le font la Suisse et l’Autriche) eh bien, pour moi c’est comme aux EU, où on construit d’énormes gratte-ciels mais où on laisse en état de délabrement les routes, les ponts, les infrastructures, où on consomme le quart du pétrole mondiale, où on roule en bagnole même sur les plages.
Quand je m’apprêtais à acheter, il y a 9 ans, une maison dans le Trièves, je savais qu’une autoroute passerait éventuellement à 300 mètres de ma maison. J’ai acheté la maison quand même – et non pas parce que l’agent immobilier me disait qu’une autoroute dans les parages ne ferait qu’augmenter la valeur de la maison -- mais parce que je voulais vivre là où la nature et sa faune n’étaient pas spoliées et parce que je n’imaginais pas que les Français, que j’admirais pour leur savoir-vivre, pourraient permettre une telle incurie écologique. Peu importe si le tracé de cette infrastructure lourde et polluante passait par Gap ou par Lus. L’un et l’autre tracé, pour moi, c’est pareil, les paysages sont trop fragiles pour résister aux nuisances inévitables.
Ayant maintenant la nationalité française, je me permets de vous demander : Pourquoi dépenser 2 peut-être 3 milliards d’euros – c’est une somme énorme -- quand pour 650 millions nous pouvons nous payer un bon aménagement des 2 routes nationales et améliorer le transport ferroviaire, qui permettrait des déplacements rapides, sûrs et écologiques sur tout le territoire ? On cherche quoi d’autre ? A quoi bon rouler à 130 pour arriver dans des embouteillages à Grenoble, à Aix, à Marseille, dans le Midi. Je récuse l’idée trop répandue que ce sera une autoroute ou rien du tout, et que si c’est l’autoroute c’est l’Etat qui paie. Ce débat public nous a, au moins, permis de voir tout cela plus clair.
août 2005
S.K. LEVIN
-------------
La solution autoroutière « privilégiée » par les services de l’Etat entre en totale contradiction avec les efforts déployés par les territoires traversés pour réfléchir à un développement maîtrisé.
A titre d'exemple, la démarche Agenda 21 en cours dans le Trièves met à contribution l’intelligence collective des habitants pour imaginer des actions originales et innovantes permettant d’accentuer le dynamisme du territoire tout en respectant ce qui en fait la force : ses paysages et sa cohésion sociale.
Il est extrêmement déroutant de voir l’Etat prôner officiellement l’idée du développement durable et promouvoir dans le même temps la solution simpliste du « tout autoroute ».
Matthieu Warin
--------------
Collectif local pour l'arrêt des travaux de l'autoroute A51 (composé de membres de Vivre en Trièves et d'autres associations)
Dans le Trièves, les habitants et les visiteurs de passage apprécient de manière unanime les paysages de moyenne montagne remarquables de cet ancien pays. D’ailleurs la qualité paysagère de cet ensemble biogéographique est officiellement reconnue puisque qu’une partie du territoire fait l’objet d’un contrat paysage et que l’autre partie est inclue dans le Parc Naturel Régional du Vercors.
Le Trièves est actuellement exempt de toute source de pollution importante. La plus forte est occasionnée par la nationale 75 lors des week-ends estivaux avec le chassé-croisé des départs et des retours de vacances.
Une infrastructure autoroutière à travers le pays supprimerait l’aspect préservé, elle provoquerait une dégradation irrémédiable du paysage, sa « banalisation ». Les communes traversées par l’infrastructure perdraient une partie de leur attrait actuel pour la qualité de la vie sur place et l'accueil touristique. Le paysage ne serait indemne que « vu de l’autoroute » ce qui constituerait un argument supplémentaire pour en accroître la fréquentation. Il est possible de mesurer aujourd’hui, sur la portion Coynelle/Monestier-de-Clermont, l’importance des aménagements, l’emprise de l’infrastructure et l’atteinte au paysage, d’autant que sur la commune de Monestier-de-Clermont le projet final aura une emprise plus importante (de 1x1 voie aujourd’hui à 2x2 voies).
En plus des atteintes aux paysages les infrastructures autoroutières amènent aussi la dégradation de l’ambiance sonore et l’émission de polluants.
Ces nuisances seraient très dommageables pour les habitants riverains de l’infrastructure autoroutière pratiquement toute l'année, compte tenu du rôle de délestage de l'A7 qui est convenu pour ce projet.
Les infrastructures autoroutières et les deux fois deux voies ont deux principaux effets directs sur l’environnement : la destruction des espaces et leur fragmentation.
Ces impacts, dans le Trièves et les territoires voisins, dans des espaces reconnus pour leur valeur patrimoniale, classés ZNIEFF I ou II et « Natura2000 », est contraire à la politique communautaire pour enrayer la perte de biodiversité. En effet dans ce type d’espace et en périphérie, c’est plutôt la cohérence qui est à rechercher par la conservation de l’intégrité des périmètres et des territoires vitaux pour les espèces.
Compte tenu de ces aspects et d’une manière plus globale, l’épuisement des ressources pétrolières mondiales et l’augmentation des catastrophes naturelles avec la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous invoquons le principe de précaution pour demander l’arrêt des travaux autoroutiers A51 au Col du Fau, l’amélioration des réseaux routiers locaux et des routes nationales, ainsi que le développement du trafic ferroviaire pour les passagers sur la ligne de montagne GRENOBLE-VEYNES et pour les camions sur la ligne de fond de vallée MARSEILLE-BRIANCON-TURIN.
L’argumentation de la DRE durant le débat public ne prend pas en compte les problèmes globaux, d’autre part, si elle reconnaît la sensibilité des milieux à traverser, elle ne considère les enjeux environnementaux que comme des « contraintes » supplémentaires au moment de la mise en œuvre des travaux. Cela apparaît très éloignée d’une démarche appropriée compte tenu du très fort impact d’un tel ouvrage sur l’espace en périphérie. D’autre part, pour prendre une décision, il semblerait indiqué d’attendre les résultats des études d’incidence sur les sites Natura 2000 concernés de manière à déterminer la faisabilité des infrastructures et, éventuellement, le projet qui serait le moins pénalisant pour ces portions de territoires qui sont les plus sensibles.
La suspension de la poursuite des travaux autoroutiers A51 – autoroutes de montagne par Gap et Lus (ou 2x2 voies concédées dans ce dernier cas) serait une décision réaliste compte tenu de l’actualité environnementale internationale et des efforts collectifs en faveur de la durabilité, cela contribuerait aussi à la préservation de territoires à forts enjeux environnementaux.
C. Villiot, V. Béreyziat, C. Nanchen, B. Baron - représentant local de l’association Paysages de France, C. Belisson, P. Prim
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