Café-Débat : la faune sauvage et la chasse (octobre 2005)

Publié le par Denis

L’habituel café-débat du dernier mercredi du mois a accueilli une vingtaine de personnes sur le thème de la faune sauvage et de la chasse au Lion d’or à Clelles.
Grâce à une présentation très riche de M. Gilbert Magnat, chasseur et administrateur de la Société de chasse de l’Isère, les non-chasseurs auront pu mieux connaître le cadre dans lequel se déroule la chasse. Un intervenant passionné et intéressant à écouter. Les autres participants, qu’on espérait d’ailleurs plus nombreux, qu’ils soient chasseurs ou non chasseurs, ont eu, eux, moins de temps que d’habitude pour échanger leurs points de vue. L’échange sur une cohabitation parfois difficile aurait pu être plus fourni.

Dans le Sud Isère, la faune sauvage est bien présente en quantité et en diversité, chamois, chevreuil, bouquetin, cerf, sanglier, tétras lyre, perdrix bartavelle. Les lièvres sont même plus nombreux dans les derniers comptages, ce qui serait peut-être lié à la progression de l’agriculture biologique selon M. Magnat. Pour maintenir les effectifs, le conseil départemental de la chasse et de la faune sauvage (comprenant des représentants des chasseurs, des milieux de la protection de la nature et de l’agriculture) définit les plans de chasse. Ils imposent qu’un tiers des animaux chassés soit des mâles, un tiers des femelles et un tiers des jeunes. Dans la région la chasse est effectuée à 90 % sur du gibier sauvage.  Il y a actuellement environ un millier de chasseurs pour tout le Trièves, réparti dans 21 associations communales de chasse agrées (ACCA). Ce nombre est en régression comme d’ailleurs à l’échelle départementale et nationale. Pour tout l’Isère, il y a 500 chasseurs de moins par année pour un total de 22000 permis délivrés.  La population des chasseurs est-elle en voie de disparition ? Blague à part, il serait intéressant de connaître les raisons de ce déclin qui porte surtout sur les jeunes de 27 à 40 ans (la moyenne d’âge des chasseurs étant de 57 ans). Mode de vie plus urbain, coûts des permis, manque de disponibilité, danger de la chasse ? Il y a quand même près de trente personnes tuées par la chasse chaque année en France, dans la plupart des cas les personnes tuées sont des chasseurs. Il n’empêche que la période relativement longue d’ouverture de la chasse, du deuxième dimanche de septembre au premier dimanche de janvier et ces six jours sur sept, crée sans aucun doute un stress sur le gibier, comme sur les randonneurs et les cueilleurs de champignons Nous n’avons pas parlé, par contre, du nombre de blessés, dont certains handicapés à vie. Un motif d’insatisfaction importante pour les non-chasseurs : l’abandon du mercredi comme jour national de non-chasse, permettant de sortir – notamment avec ses enfants - , en toute tranquillité. A savoir, en Isère c’est le vendredi qu’il n’y a pas chasse. Pour se protéger les chasseurs encouragent le port de gilets et de casquettes fluorescents. Il semble d’ailleurs que cette pratique est entrain de bien s’installer dans le milieu des chasseurs. Une bonne mesure de sécurité, aussi pour les randonneurs, mais qui laisse comprendre qu’encore trop de chasseurs ont le réflexe de tirer sur quelque chose qu’ils ont mal identifié ; un comportement dangereux de quelques-uns, contraire aux règles de la chasse, qui doit être sanctionné sévèrement par le milieu des chasseurs lui-même. M Magnat précise que le nombre de gardes-chasse est insuffisant et qu’en plus on leur confie des missions qui les occupent beaucoup, comme la question du loup. En Suisse, pays de montagne où la faune sauvage est aussi bien représentée, l’ouverture de la chasse est beaucoup plus courte (précision hors-débat : au maximum 4 semaines pour certains gibiers, et ce seulement les lundis, mardis, jeudis et vendredis),  offrant ainsi une cohabitation plus facile avec les randonneurs et les amoureux des bois.

 

En fin de soirée, un débat animé a permis d’échanger sur la présence du loup en France. Des témoignages très touchants et documentés fournis par des éleveurs de brebis, qui connaissent déjà une situation économique difficile, ont permis de bien saisir la difficulté pour eux d’envisager une cohabitation malgré les différentes mesures mises en place (chiens patous, parcs pour les nuitées, présence humaine plus forte, formation). Un consensus s’élevait dans la salle pour qu’on puisse aider plus fortement les éleveurs et les bergers, et pas uniquement en les dédommageant –tardivement- de leurs pertes. Par contre, les objectifs quant à l’avenir du loup divergent beaucoup, entre l’éradication complète réclamée par certains et une analyse positive du retour du loup faite par d’autres en terme de biodiversité (le loup joue un rôle dans la régulation de la faune sauvage). Signalons que l’estimation du nombre de loups en France varie entre une vingtaine et une centaine d’animaux, selon les sources. Le loup n’a pas à être sacralisé, sa régulation est elle-même importante. Tirer les individus les plus menaçants pour les troupeaux ne semble pas choquer la salle.

Une soirée, rythmée par les poèmes d’André, très riche, positive en termes d’écoute et de confrontation d’idées, mais des thématiques restent à approfondir, comme les motivations des chasseurs, le ressenti et les souhaits des non-chasseurs, l’avenir du loup et l’aide aux éleveurs. L’occasion de nouveaux cafés-débats ?

Vivre en Trièves

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Publié dans Cafés Débats

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