Déchets : attention, ça déborde !
Déchets : attention, ça déborde !
Le café débat de ce mois-ci a débuté par la projection d’un film d’une heure : « Déchets à ménagers » du Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets. Il s’est poursuivi par des témoignages d’élus et techniciens des cantons de Monestier et Clelles.
Incinération : est-ce le bon choix ?
La France « produit » 30 millions de tonnes de déchets par an : environ 500 kg par an et par personne (environ 1,5 kg par jour et par personne). C’est 2 fois plus qu’il y a 40 ans, et la situation devient critique : on estime que les ¾ des départements français ne pourront plus faire face à leurs déchets dans 3 ans !
80% de nos déchets finissent dans un incinérateur : notre pays en compte le plus grand nombre d’Europe, et par contre a peu investi dans les filières de recyclage et de méthanisation. Car l’incinération coûte cher. Très cher, même : certes, fini le problème de l’encombrement, mais pas celui de la pollution. Car si « tout se transforme, rien ne se perd » comme dit une des lois de base en chimie ! 1 tonne de déchets donne 300 kg de mâchefers et 700 litres de polluants atmosphériques. On se rappelle l’incinérateur de Gilly/Isère (Savoie), fermé par le Préfet en 2001 : il rejetait tant de dioxine dans l’air qu’il a fallu abattre 6875 animaux (365 fermes touchées), détruire 2,23 millions de litres de lait et 24 tonnes de produits laitiers !
En 50 ans on a créé 100.000 nouvelles molécules chimiques, ce qui rend nos déchets bien plus toxiques qu’auparavant. En 20 ans le nombre des cancers du sein a été multiplié par 2, celui des cancers de la prostate par 3. Et surtout, il y a 1% de plus de cancer chez l’enfant chaque année !
Alors, si nos incinérateurs débordent, que faire : faut-il en construire d’autres, ou traiter le problème des déchets autrement ?
Mieux trier nos poubelles
30% des déchets d’une poubelle ménagère classique sont organiques (épluchures, restes…) : ils peuvent être compostés. C’est ce qui se fait sur le canton de Clelles depuis 10 ans, où ils sont ramassés avec le papier/carton pour être transformés à la plateforme de compostage ; le compost produit n’est pas vendu mais épandu dans les champs. La communauté de communes estime à 12% les déchets fermentescibles qui échappent encore au tri. L’association Trièves-Compostage (association créée en 2006 par des trièvois) et un habitant nous présentent, eux, le projet de premier « compostage de quartier » qui devrait bientôt démarrer au hameau du Clos (30 familles) à Monestier de Clermont. La même chose peut s’organiser dans tout le Trièves avec l’aide de l’association, et les gens intéressés sont invités à se manifester. D’autres projets de compostage collectif (cantines, épiceries, restaurants) sont sur le point d’être financés par le Conseil Général. Il faut sensibiliser et former au compostage : 67% des ruraux de 50 à 60 ans le pratiquent, mais 30% seulement des 30 - 50 ans !
50% des déchets sont des matières recyclables : papiers, cartons, bouteilles en verre ou plastique, boîtes en métal, etc… pour lesquels un tri sélectif existe déjà. Il est plus poussé sur les cantons de Mens et Monestier que sur celui de Clelles (pas de déchetterie mais un ramassage des objets encombrants 3 fois par an). Signalons que dans d’autres pays (Danemark, Finlande, Allemagne…) les consignes des bouteilles et canettes existent toujours. Pourquoi pas en France ?
Si chacun triait mieux ses déchets, il n’y aurait donc « plus que » 20% (au lieu de 80%) à partir en incinération. Un soulagement pour le porte-monnaie de chacun, quand on voit ce que coûte le ramassage des ordures aux communautés de communes… Celle de Monestier de Clermont, qui l’organise elle-même depuis 2004 (550 km par tournée !), a économisé 80 tonnes de déchets par an : elle ne prend plus ce qui est mal trié ! Le canton de Clelles économise sur les coûts du transport et d’incinération des ordures : avec 250 tonnes dans les poubelles vertes du compostage en 2006, c’est 32% du volume d’ordures qui est traité sur place.
Agir à la source
Les 20% de déchets restant sont principalement constitués par… des emballages : chaque année, 100.000 emballages nous passent dans les mains ! Sur-emballages en plastique pour les « packs », sous-emballages en portions individuelles dans les boîtes, c’est le consommateur, paraît-il, qui veut ça… ! Mais sait-il que les emballages constituent aujourd’hui une part majeure dans le prix d’un produit, et qu’il les paie une seconde fois, via la taxe d’ordures ménagères, pour leur destruction ? On apprend qu’en Allemagne, on laisse le superflu au sortir des caisses dans les supermarchés, et que les industriels paient 100% des coûts du retraitement des emballages (ce qui a fait baisser les déchets de plusieurs milliers de tonnes). En France, 50% seulement… Beaucoup de grandes surfaces ne nous proposent plus de sacs plastiques gratuits, et nous nous y sommes adaptés. Ne peut-on pas aller plus loin ?
Au final, la vraie question n’est pas : « quoi faire de nos déchets ? ». Mais plutôt : « pourquoi avons-nous tant de déchets ? »
A la fin du café-débat, il nous a été demandé de proposer des gestes éco-citoyens : acheter des produits moins emballés ; laisser les sur-emballages au supermarché (il paraît que si 5% des gens le faisaient, les choses changeraient) ; demander aux communautés de communes de fournir un sac en coton par habitant, pour économiser les sacs plastiques dans les petits commerces.
A noter que le film (DVD) a été acheté par l’association Trièves - Compostage qui le met gratuitement à disposition sur demande. Contacter Christian Nanchen, 04 76 34 87 84.
Le café débat de ce mois-ci a débuté par la projection d’un film d’une heure : « Déchets à ménagers » du Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets. Il s’est poursuivi par des témoignages d’élus et techniciens des cantons de Monestier et Clelles.
Incinération : est-ce le bon choix ?
La France « produit » 30 millions de tonnes de déchets par an : environ 500 kg par an et par personne (environ 1,5 kg par jour et par personne). C’est 2 fois plus qu’il y a 40 ans, et la situation devient critique : on estime que les ¾ des départements français ne pourront plus faire face à leurs déchets dans 3 ans !
80% de nos déchets finissent dans un incinérateur : notre pays en compte le plus grand nombre d’Europe, et par contre a peu investi dans les filières de recyclage et de méthanisation. Car l’incinération coûte cher. Très cher, même : certes, fini le problème de l’encombrement, mais pas celui de la pollution. Car si « tout se transforme, rien ne se perd » comme dit une des lois de base en chimie ! 1 tonne de déchets donne 300 kg de mâchefers et 700 litres de polluants atmosphériques. On se rappelle l’incinérateur de Gilly/Isère (Savoie), fermé par le Préfet en 2001 : il rejetait tant de dioxine dans l’air qu’il a fallu abattre 6875 animaux (365 fermes touchées), détruire 2,23 millions de litres de lait et 24 tonnes de produits laitiers !
En 50 ans on a créé 100.000 nouvelles molécules chimiques, ce qui rend nos déchets bien plus toxiques qu’auparavant. En 20 ans le nombre des cancers du sein a été multiplié par 2, celui des cancers de la prostate par 3. Et surtout, il y a 1% de plus de cancer chez l’enfant chaque année !
Alors, si nos incinérateurs débordent, que faire : faut-il en construire d’autres, ou traiter le problème des déchets autrement ?
Mieux trier nos poubelles
30% des déchets d’une poubelle ménagère classique sont organiques (épluchures, restes…) : ils peuvent être compostés. C’est ce qui se fait sur le canton de Clelles depuis 10 ans, où ils sont ramassés avec le papier/carton pour être transformés à la plateforme de compostage ; le compost produit n’est pas vendu mais épandu dans les champs. La communauté de communes estime à 12% les déchets fermentescibles qui échappent encore au tri. L’association Trièves-Compostage (association créée en 2006 par des trièvois) et un habitant nous présentent, eux, le projet de premier « compostage de quartier » qui devrait bientôt démarrer au hameau du Clos (30 familles) à Monestier de Clermont. La même chose peut s’organiser dans tout le Trièves avec l’aide de l’association, et les gens intéressés sont invités à se manifester. D’autres projets de compostage collectif (cantines, épiceries, restaurants) sont sur le point d’être financés par le Conseil Général. Il faut sensibiliser et former au compostage : 67% des ruraux de 50 à 60 ans le pratiquent, mais 30% seulement des 30 - 50 ans !
50% des déchets sont des matières recyclables : papiers, cartons, bouteilles en verre ou plastique, boîtes en métal, etc… pour lesquels un tri sélectif existe déjà. Il est plus poussé sur les cantons de Mens et Monestier que sur celui de Clelles (pas de déchetterie mais un ramassage des objets encombrants 3 fois par an). Signalons que dans d’autres pays (Danemark, Finlande, Allemagne…) les consignes des bouteilles et canettes existent toujours. Pourquoi pas en France ?
Si chacun triait mieux ses déchets, il n’y aurait donc « plus que » 20% (au lieu de 80%) à partir en incinération. Un soulagement pour le porte-monnaie de chacun, quand on voit ce que coûte le ramassage des ordures aux communautés de communes… Celle de Monestier de Clermont, qui l’organise elle-même depuis 2004 (550 km par tournée !), a économisé 80 tonnes de déchets par an : elle ne prend plus ce qui est mal trié ! Le canton de Clelles économise sur les coûts du transport et d’incinération des ordures : avec 250 tonnes dans les poubelles vertes du compostage en 2006, c’est 32% du volume d’ordures qui est traité sur place.
Agir à la source
Les 20% de déchets restant sont principalement constitués par… des emballages : chaque année, 100.000 emballages nous passent dans les mains ! Sur-emballages en plastique pour les « packs », sous-emballages en portions individuelles dans les boîtes, c’est le consommateur, paraît-il, qui veut ça… ! Mais sait-il que les emballages constituent aujourd’hui une part majeure dans le prix d’un produit, et qu’il les paie une seconde fois, via la taxe d’ordures ménagères, pour leur destruction ? On apprend qu’en Allemagne, on laisse le superflu au sortir des caisses dans les supermarchés, et que les industriels paient 100% des coûts du retraitement des emballages (ce qui a fait baisser les déchets de plusieurs milliers de tonnes). En France, 50% seulement… Beaucoup de grandes surfaces ne nous proposent plus de sacs plastiques gratuits, et nous nous y sommes adaptés. Ne peut-on pas aller plus loin ?
Au final, la vraie question n’est pas : « quoi faire de nos déchets ? ». Mais plutôt : « pourquoi avons-nous tant de déchets ? »
A la fin du café-débat, il nous a été demandé de proposer des gestes éco-citoyens : acheter des produits moins emballés ; laisser les sur-emballages au supermarché (il paraît que si 5% des gens le faisaient, les choses changeraient) ; demander aux communautés de communes de fournir un sac en coton par habitant, pour économiser les sacs plastiques dans les petits commerces.
A noter que le film (DVD) a été acheté par l’association Trièves - Compostage qui le met gratuitement à disposition sur demande. Contacter Christian Nanchen, 04 76 34 87 84.
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